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Fort-carcéral de Jinnor

La matinée commençait bien.

Un Soleil déjà haut dans le ciel, un ciel déjà bien bleu, un air plutôt frais. Une bien belle vue de liberté par cette lucarne, si ce n’est les barreaux qui rappellent que ce n’est qu’une vision depuis l’une des nombreuses autres lucarnes de ce fort carcéral.

La cellule était plus que spartiate. Un vieux sommier posé sur des morceaux d’agglomérés

Les cellules étaient heureusement pour une seule personne, et d’innombrables petites bestioles qui doivent être aussi vieilles que ces murs. Les précédents locataires forcés de ce lieu avaient gravé quelques symboles sur les murs, peut être même avec leurs propres ongles.

Ne pas rester longtemps enfermé était la solution idéale sans quoi la folie prendrait place à son tour dans cette pièce.

On pouvait deviner que la cellule était à un étage élevé par rapport au sol, en regardant par la fenêtre. Quelques centaines de mètres peut être. Les abords du fort étaient désertiques, quelques arbres au feuillage jaune et orangé, quelques proies fuyaient quelques chasseurs naturels.

Mais bien peu de chance de s’évader en catimini. Tout comme cette proie face a son chasseur, on serait bien vite rattrapé, et abattu peut être plus sauvagement que cette proie.

La porte n’avait pas de petite lucarne d’où les gardiens vérifiaient si le prisonnier ne s’était pas pendu ou étouffé avec sa main pour le sortir avant de s’en apercevoir par la décomposition du corps, ce qui même en ces murs restait inconfortable pour le personnel. Il y avait sûrement un système de caméras miniatures.

Quelques bruits de pas et de discussions se faisaient entendre par la lourde porte, mais rien d’intéressant.

Le procès, même s’il n’en avait que le nom, devait débuter en fin de journée et il était certain qu’il ne durerait pas longtemps, le chef de la prison a une soirée mondaine avec des officiers ce soir, il se chargera d’écourter au plus la séance.

Une petite sieste s’impose donc, on peut être sûr d’être réveillé suffisamment tôt pour ne pas être en retard.

La porte grinça et 2 gardes pénétrèrent dans la pièce, tous deux armés de bâtons courts paralysants. D’autres gardes, peut être 1 ou 2 seraient dehors à nous attendre. Je fis mine d’avoir le réveil lourd. Un coups de bâton dans les côtes m’aurait aussi bien réveillé que si j’avais été piétiné au milieu d’un troupeau en furie. Le réglage était bien plus haut que la normale. Peut être avais-je le privilège d’un traitement de faveur ?

Les deux gardes me soutenaient chacun d’un côté, et me sortirent hors de la cellule, mes pieds ne traînaient même pas au sol, ils étaient plus grands que moi. J’étais comme un poisson dans l’air, mes pieds pataugeaient librement. Je suis sûr que l’ensemble du personnel de l’AT/AR 486 aurait payé pour me voir dans cette situation. Les pauvres, ils vont bien me manquer.

- Allez mon gars, te fais pas plus lourd que tu ne l’es déjà. On n’a pas trop poussé sur le bâton. T’es pas bien résistant. Allez, fermez moi cette porte, çà sent le renfermé. Tu vois ce couloir, tout au bout t’attends la liberté, si tu cours vite bien sûr. Ça te tente pas ? T’as bien raison, tous ceux qui s’y sont essayé maintenant sont plus libres que l’air. Emmenez cette masse à la salle 4 et rappelez lui que la pesanteur lui permet de se relever si il l’a oublié.

Le sol se rapprocha soudainement très vite de mon visage.

Il était froid, même très froid sur ma joue. Et rugueux. Un autre coups de bâton me plia en deux et le deuxième me força à me relever.

Le couloir faisait quelques centaines de mètres et la salle 4 avait l’air d’une autre cellule, mais avec une table et deux chaises au lieu du lit. On me força à m’asseoir face à la porte, et mes deux compagnons se mirent de chaque côté de la porte, me faisant face. L’un d’eux ne cessait de me regarder avec un léger rictus.

Un homme de taille moyenne entra d’un pas pressé dans la salle quelques instants plus tard. Il avait des cheveux blancs courts, une veste blanche ouverte sur une chemise grise. Il s’agissait apparemment du médecin de la prison, pour la visite médicale, qui devait précéder le procès.

Une visite de routine.

Il ne prit même pas la peine de s’asseoir, il regarda le blanc de mes yeux, tapota un ou deux endroits de mon dos, griffonna quelques mots dans un formulaire et parti.

Cinq minutes après je n’attendais plus son retour, la visite médicale était belle et bien terminée lorsqu’il était parti.

Cette fois ci c’était trois personnes qui entrèrent dans la salle, deux hommes et une femmes, tous trois des humains. Ils n’avaient pas de blouse mais ils étaient tous les trois dans un costume identique, pantalon noir et chemise plus sombre que celle du médecin. Ils avaient également un petit databloc à la main et un stylet dans l’autre. Ils me regardèrent tout en gardant une certaine distance, ils me dévisagèrent sous tous les angles. Quand l’un notait quelque chose les deux autres me regardaient, ils étaient comme synchronisés dans leurs mouvements. Je semblait être comme un animal exotique dans une cage, examiné par des touristes derrière une vitre blindée. Puis ils partirent, en souriant. La scène dura entre deux et trois minutes peut être.

Puis les deux gardes s’avancèrent vers moi, leur bâton levé, prêt à l’utiliser si il me passait à l’esprit l’envie de les mordre, sait-on jamais.

Je reçus un nouveau coups dans les côtes, toujours le même côté, avant d’être littéralement soulevé de ma chaise et traîné hors de la salle et de nouveau lâché par terre le temps que l‘un deux referma à clef la salle. Le sol semblait toujours aussi froid.

Un autre coups m’ordonna de me lever, un coups de pied cette fois ci.

- C’est l’heure. Relève toi en vitesse, faut pas faire attendre les juges. Ils ont autre chose à faire.

Ils m’emmenèrent, ou me traînèrent selon le point de vue, vers la salle du procès semblait-il.

L’ensemble du mobilier de la pièce était en bois dur, d’un joli goût, sobre mais harmonieux. Même le box de l’accusé, ma nouvelle cellule pour les prochaines heures, était confortable, même si le siège était à même le bois, sans toile ni tissus pour s’asseoir plus confortablement. Le derrière des juges semblait être plus fragile pour avoir la chance de s’asseoir sur des sièges rembourrés.

La salle était carrée, pas très grande. L’espace des visiteurs était réduit à un rang de six sièges.

Trois sièges était placés derrière un haut et large bureau en bois, le siège du milieu était plus haut que les deux autres, celui du juge apparemment. Il sera donc à ma droite.

En face de mon box, 5 simples sièges étaient côtes à côtes. Le jury ?

A ma gauche, les sièges pour des visiteurs.

Mon box était fermé par des vitres renforcées, et une fois la porte vitrée refermée, l’ensemble serait alors insonorisé.

Les murs et le plafond étaient vides, seulement un petit interphone à ma droite, juste au niveau de mon oreille, par chance.

Deux personnes entrèrent par la seule porte de la salle de procès.

Il y avait le premier gardien que j’ai vu, celui qui m’a éjecté de ma cellule, et un autre gars que je n’avais pas encore vu.

Le garde qui était à côté de mon box referma la porte vitrée après un signe de tête du gardien.

Le gardien s’installa sur le siège à droite du siège du juge, et l’autre gars à gauche. Celui ci était en uniforme militaire standard.

Ils se relevèrent quand un petit chauve rondouillard entra rapidement dans la salle, les mains chargées de documents, habillé en noir et écharpes blanches. Le juge s’assit à sa place. Il précédait 5 autres personnes.

Je reconnu rapidement le médecin qui m’a ausculté juste avant, et les 3 personnes qui m’avaient examiné en long et en travers.

La cinquième personne était un jeune homme et portait avec lui un petit ordinateur. Le greffier.

Ils s’assirent sur les 5 sièges du jury en face de mon box.

- Je déclare la séance ouverte. Tous les partis sont présents. Je demande à chacun de présenter rapidement leurs avis.

J’entendais l’ensemble des conversations par le petit interphone à ma droite. Je me plaquais contre lui pour mieux entendre.

- Docteur Myyl, quel est votre avis ?

- Mon avis est que le coupable souffre de pathologies psychologiques évidentes que seul un long séjour en institution spécialisée aurait une chance d’en venir à bout. Mon avis est positif quant à un internement de longue durée.

- Messieurs, et madame, quel est le votre ?

- Hum…En tant que responsable du personnel inter-militaire de la flotte spatiale, je déclare, après étude approfondie de l’individu concerné, le coupable entièrement responsable des actes qui lui sont incriminés. Et pense comme mon confrère à un internement.

- Bien. L’ensemble des partis s’étant prononcés je déclare le coupable ci présent sujet à internement dans les plus brefs délais. Ils quittera donc le Fort carcéral Jinnor sous garde pour intégrer un institut spécialisé à…

Il feuilleta de nombreux documents avant de reprendre la parole.

- ...sur une planète nommée Tatwin. Il y purgera sa peine à temps complet, sans sursis pour acte de rébellion contre l'Alliance lors de la mission « Poing Impérieux », et une autre cours statuera de son statut de traître et d’espion selon les différentes déclarations des partis concernés. Je déclare la séance terminée.

Il se releva, ramassa en pagaille ses documents et s’empressa de sortir de la salle, suivis rapidement par les autres membres du procès.

Mon garde rouvrit la porte vitrée et n’eut pas à me redemander de sortir.

Un autre garde nous rejoint et ils m’emmèneraient je ne sais pas où.

Mais revenir sur la colonie de Tatwin, car ce n'était pas le nom de la planète, en tant que prisonnier, après tous les efforts réalisés pour la quitter...

Traître et espion ? Le service de contre espionnage interne avait fait fort cette fois ci.

Très fort même pour que toute l’administration traite cette affaire si rapidement.

J’étais curieux de savoir quels chefs d‘accusation précis ils avaient mis contre moi.

Et quels faits étaient susceptibles de correspondre surtout.

- Magne toi, arrête de rêvasser. On n’a pas toute la journée à te consacrer.

C’était le gardien, apparemment le chef de la garde, celui qui avait siégé à la droite du juge.

Ils semblaient m’emmener vers la zone d’atterrissage du Fort, vers un transport carcéral.

J’étais pas le seul détenu à y être emmené, d’autres personnes entraient dans le transport.

Aucun n’avait une tête propice à faire la connaissance. En même temps, j’avais d’autres choses à penser pour le moment.

Un soudain coups dans les côtes me coupa de mes pensées.

- Pour le voyage. Tu vas nous manquer chérie, une fille aussi docile que toi c’est plutôt rare dans un tel lieu. Bon voyage et à jamais !

Le gardien referma la porte du transport derrière moi.

J’étais entre plusieurs individus, une demi douzaine peut être, enfin, si on compte le nombre de corps distincts. Certains avaient des proéminences ressemblant vaguement à une deuxième tête, ou quelque chose s’y rapprochant. Certains semblaient sourire, si on faisait abstraction de la bave qui coulait d’entre leur dents, ou leurs crocs. Un autre était entièrement recouvert d’un système pileux plus que sur-développé. Mais aucun ne semblait vouloir faire de plus amples connaissances, ce n’était pas mon cas également.

Je m’assis du coté opposé à la fourrure sur pattes à côté d’un pseudo-humain à peu près correct.

Sauf son troisième œil, constamment en train de cligner.

Les détenus n’étaient pas attachés au cas où l’idée d’une révolte pendant le trajet amenait à la mort de quelques uns, quelques uns de moins à traîner dans les pattes des gardes.

Cependant on voyait clairement des sorties pour gaz ou autres calmants partout sur le plafond qui pouvait être activé depuis la cabine de pilotage. Les deux cabines étaient séparées d’une vitre blindée et épaisse.

Le trajet devrait durer quelques jours, il était inconcevable de passer tout ce temps à dormir avec mes partenaires de chambrée aux allures plus que douteuses.

Chacun d'entre eux avait une manie, cracher, respirer fortement, cligner des yeux, trembler, tous sauf un. Il était assis dans l’angle opposé du mien. Il semblait être un humain normal, la peau jaunâtre et chauve. Il était de plus imberbe, torse nu avec un pantalon bleu foncé.

Il ne disait rien, il regardait constamment devant lui, sans sourciller avec tous les gestes de son voisin aux mandibules multiples.

Celui qui passait son temps à cracher était un pseudo humain complètement poilu au visage, rondouillard avec un œil de verre. Il se leva et s’approcha du chauve, en boitant légèrement.

Il semblait vouloir faire connaissance avec le chauve. Il approcha sa tête poilue de la sienne et murmura quelques mots inaudibles depuis ma place, assis dans le coin opposé. Le chauve ne réagit toujours pas ce qui offusqua le grand poilu. Il se redressa de toute sa grande taille et ordonna au chauve de se présenter. Le grand poilu devant un sourd mué apparemment commença à éclater de rire et se retournait devant les autres détenus pour les inciter à se marrer. En se retournant vers le chauve, il le vit debout le fixant droit dans les yeux. Il s’approcha de son visage, presque nez à nez, il prononça quelques mots dans un langage qui m’était inconnu. Sa voix comme son visage étaient toujours paisibles et neutres.

Le grand poilu fit une grimace, et s’écroula sans bruit, par terre, entre des mandibules.

Le chauve venait de faire trois gestes rapides sur le torse du grand poilu.

Il se rassit et continua de fixer droit devant lui, l’air toujours paisible et neutre.

Tous les détenus se calmèrent alors, et le silence revint m’incitant presque à m’assoupir.

Je me réveilla en sursaut. Plein de bips venaient de la cabine de pilotage.

Un rapide regard autour de moi me permit de vérifier que j’étais en un seul morceaux, et qu’un deuxième corps était sur celui du grand barbu, tous les deux inertes. Le deuxième corps était celui qui était auparavant assis à ma gauche, avec un troisième œil, qui ne cessait de cligner.

Le chauve continuait toujours de fixer droit devant lui.

Les bips me semblaient familiers, et un tremblement du transport acheva de me réveiller.

Les deux pilotes s’agitaient de partout dans la cabine. De nombreuses lampes s’étaient allumées et d’autres clignotaient. Je parvint à voir à travers les vitres blindées de la cabine qu’on semblait approcher d’une planète couleur sable, peut être était-ce notre destination finale, la colonie de Tatwin ?

Tout en regardant par les vitres je vis deux chasseurs rapides nous dépasser en nous frôlant, en position d’attaque. Sûrement des pirates.

Le transport n’était pas réellement armé pour contrer de tels assauts, il avait seulement un laser sur pivot.

On parvint à entrer dans l’atmosphère de la planète, à trop grande allure. Les chasseurs nous poursuivaient toujours mais à une vitesse moindre, normale. Les vitres de la cabine de pilotage commençaient à se fissurer sous la pression et la chaleur, et cédèrent.. Les pilotes furent carbonisées sur le coups. La vitre blindée séparant notre cabine à la cabine de pilotage était suffisamment renforcée pour tenir quelques minutes. Le pilote d’urgence prit le relais et redressa le transport, mais ne put éviter les montagnes qui se présentaient devant nous.

Le choc fut très rude. Le transport percuta le sol dur et sec de la planète et rebondit lourdement sur plusieurs dizaines de mètres.

La cabine se compressa et on n’avait bien peu d’endroit où se tenir dans la cabine. Le type mandibulaire parvint avec tous ses membres à se retenir en s’appuyant sur tous les murs, en s’élargissant de toute son envergure.

Cependant, celui qui était entièrement recouvert de poil n’eut pas la chance d’être suffisamment grand pour pouvoir se retenir quelque part et passa tel un obus par les vitres et sorti du transport, traversant de plein fouet la vitre blindée alors à moitié fissurée. Son état aurait été lamentable s’il advenait qu’il s’en était sorti vivant, ce dont je doutais fortement.

Sur son dernier bond le transport s’était rapproché d’une pente de la montagne, et s’en rapprochait dangereusement. Il restait dans la cabine le chauve qui paraissait toujours aussi calme, assis dans son coin, l’humanoïde mandibulaire et un autre type à moitié assommé, comme moi. Le transport se stabilisa et l’humanoïde essaya de s’extraire par la cabine de pilotage. Il était malheureusement pour lui trop grand pour passer et lorsque le transport entama une série de tonneaux sur le versant de la montagne, il avait bien peu de prises où se tenir.

Le choc fut tout aussi sec en bas de la montagne, la cabine se brisa en deux, dans la largeur.

Je fus éjecté à quelques mètres des débris. J’avais mal au dos et aux jambes, le sol était dur et sec, et chaud, le, ou plutôt les deux soleils tapaient fort sur mon visage, l’une de mes mains avait l’air déchiquetée, j’étais trop assommé pour définir laquelle des deux. Mes habits étaient partiellement déchirés, et je sentais une légère odeur de brûlé.

Je parvins à tourner la tête à ma droite, et vit des morceaux de mandibules gisant dans un liquide bleuâtre.

L’un des deux morceaux du transport, en partie la cabine avant, à une trentaine de mètres de moi fumait noir, et l’autre moitié, en grande partie notre cabine était complètement cabossée.

Cependant le chauve en sortit, apparemment indemne à ma grande surprise.

En sortant il prit même le temps de regarder tout autour de lui, vers le haut de la montagne, d’où on venait de dégringoler, et vers le ciel, apparemment même pas incommodé par la luminosité du ciel, n’importe qui d’autre, moi le premier, aurait mis la main devant les yeux, ou on n’aurait même pas regardé directement vers les Soleils.

Il marcha vers moi, conscient que j’étais à moitié mort. Son visage était encore plus paisible qu’auparavant. Il s’agenouilla près de moi, posa les mains sur mes yeux et marmonna quelques mots toujours dans son dialecte inconnu. Une soudaine et très forte envie de dormir me saisit à laquelle je ne put retenir.

Je sentis des mains plutôt douce qui couraient sur mon corps, et un doux parfum.

Je ne parvenais pas à ouvrir les yeux, je me sentais lourd. J’entendais une voix sans vraiment bien la discerner. Elle semblait flotter au dessus de moi.

Puis plus rien, le néant...

 

Auteur: Paamu