| Chapitre VII: "486" |

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CUE-354, Division 4 en position stationnaire dans la Bulle Locale
19:12
Kath implosait intérieurement.
Elle avait retrouvé une partie de la fougue de sa jeunesse et de ses premiers amours avec son Darky, à l'annonce des nouvelles de Rignar.
- Je répète oui. Kath n'en croyait toujours pas ses oreilles. Un certain Docteur Myyl, expert psychiatre pour l'Alliance. Renoto Fisbur du SEA, le service d'enquêtes. Z'eng bien sûr. Mais surtout... Monsieur l'Officier Alexander Kestoff, de l'Invictus, en personne !
Ils jubilaient encore une fois, après la troisième répétition des noms que les preuves qu'ils avaient récoltés incriminaient chacun, ou presque, des membres importants s'étant chargés d'aider la prise au pouvoir, et son assise surtout, de Kestoff à la tête des ATD. Il réussi à faire élire chacun de ses complices par le Grand Amiral lui-même. De là à supposer que ce dernier était impliqué... c'était un vieux crotté de la Vieille École. Il avait du se faire duper.
Ils avaient en mains tous les documents nécessaires et originaux que le réseau d'informateurs monté par Rignar avait pu regrouper, en 3 années.
Des leaders mineurs de la lune de Trika avaient été regroupés et équipés par un Consortium privé para-militaire détenu à 51% par un certain Aldo Renoto, cousin de Renoto. Mais ces leaders avaient copiés les ordres de transactions financières, certains appartenaient à la Mafia des Mines, comme on l'appelait qui regroupait plusieurs syndicats sous son influence. Et ils étaient des gens très méticuleux.
L'implication, ou plutôt le non-engagement du bâtiment de Z'eng durant le combat n'était plus une énigme. Il s'était contenté de rester à l'écart, pouvant ainsi coordonner les attaques des pirates et des miniers, agissant comme relai, après la destruction de la station de communication du complexe minier, et des preuves que celle-ci pouvait garder dans les disques durs de ses serveurs.
Des enregistrements de communications très compromettantes, assurément.
Il n'y avait rien par contre sur Alamin, ni sur l'implication des deux Corvettes.
Des pirates grassement rémunérés à n'en pas douter.
L'expert médical Myyl, lui, n'hésita pas, en tant que spécialiste reconnu, à charger le dossier psychique de Darkwave. Il était inconcevable alors qu'un Officier, Commandant d'une Division, puise continuer d'exercer ses pleines fonctions. Il avait eu des promotions lui aussi dans son domaine.
Des pirates informatiques avaient récoltés, traités, analysés des millions de ligne de courriels durant 2 ans pour reformer des correspondances informatiques entre les complices.
Aucune donnée complète sur le jury et le juge qui ont condamnés Darkwave.
Il faudra pousser les recherches en ce sens.
- Et maintenant, comment va-t-on publier ces informations ? Par voie de presse ?
- J'ai mieux ma chère... Il ne cessait de sourire de plus en plus. Et n'oublie pas qu'un réseau qui sait récolter des informations sait aussi en distribuer...
- ...Mais ? Dit-elle en sentant que Rignar ne disait pas tout. Elle connaissait ce visage et ces yeux quand il préparait un mauvais coup.
- C'est vrai je ne t'ai pas tout dit... Connais-tu le secteur Styx Thêta ?
- Évidemment, où veux-tu en venir ?
- Que connais-tu de « l'étymologie historique » ?
Kath ouvrit grands les yeux. Rignar parler d'histoire ? Elle recula sur son lit et remonta la couverture sur ses genoux, le dos appuyé contre le mur. Elle regarda son ami, assis sur un fauteuil à côté du lit, un plateau-repas, celui qu'elle n'avait pas réussi à finir, vide. Son Rignar qui allait lui faire un cours de science. Elle se trouvait dans les appartements de Riggi, dans son propre lit, comme si c'était chez elle.
La scène était décidément très surprenante.
« - D'accord, j'y connais rien non plus. Mais un contact m'a fait un petit topo sur ce sujet, il t'intéressera crois moi. Il semble qu'il reste dans le réseau informatique de nombreuses connaissances que l'on n'apprend plus dans les écoles.
Dans l'Histoire Ancienne de la Terre, des civilsiations croyaient en un Enfer, sous la terre, ou iraient les méchants, tu vois le genre : assassins, violeurs... C'était un vrai monde sous la terre, un royaume avec tout le décor.
Le Styx était pour ces hommes un fleuve dans ce monde des morts, l'Enfer. Tu sais que Styx Thêta est une galaxie un peu morte, c'est pourquoi les premiers cartographes galactiques l'ont affublée de noms peu reluisants, en rapport avec ce monde des morts.
Tu connais le Secteur Erebus. Là encore ça vient d'un gars, un dieu j'ai pas trop saisi, une figure des Ténèbres, du genre le Dieu des Trous Noirs. Ce genre de conneries.
Bien, entrons dans ce secteur. Ce que tu ne dois pas savoir c'est qu'il y a quelques siècles une colonie, Guehinom, a été fondée sur une lune autour d'un centre médical militarisé pour étudier des dégénérés mentaux. Ils les faisaient se reproduire entre eux pour étudier l'évolution qu'ils subissaient, dans un environnement hostile ; la lune n'est qu'un tas de cendres et de cailloux noirs, cramés, tu vois ce que je veux dire. Là encore, Guehinom est un nom dérivé d'une vallée.. d'un truc du passé aussi. Le coin d'une ville sainte sur Terre.
Secteur vraiment maudit et paumé de l'univers.
Là où ça va t'intéresser, c'est la Lune de Jehan, où se trouve la colonie, - là encore le nom de Jehan dérive d'un truc tordu, - cette lune donc gravite autour d'une planète qui possède une deuxième lune... accueillant un certain Fort Carcé...
- Jinnor ! Kath se redressa, oubliant toute pudeur féminine, les draps glissa de ses cuisses. Rignar n'eut même pas le réflexe masculin de regarder son amie en débardeur-culotte.
- Maintenant tu vois où je veux en venir ! »
Kath bondit hors du lit avec une vigueur qui lui faisait défaut depuis bien trop longtemps, et sauta au cou de son ami qui venait de lui révéler ni plus ni moins avoir trouvé le lieu probable du crash du transporteur carcéral dans lequel était leur ami, alors en direction de Jinnor, un fort-carcéral de haute-sécurité, comme il en existe d'autres.
Elle relâcha son emprise, paru hésiter quelques secondes et fila directement sous la douche en ordonnant à Rignar de réquisitionner sous n'importe quel prétexte le premier bâtiment qu'elle trouverait, et d'établir un plan de vol avec départ imminent pour Styx Thêta. Elle ne voulait pas utiliser un vaisseau divisionnaire.
21:02
L'Officier Lene rejoint l'Invictus, qui croisait parmi la 4ème Division, par la première navette qu'elle avait pu emprunter depuis le CUE-354.
Elle avait retrouvé des couleurs bien qu'amoindrie plus qu'elle ne l'était avant son accouchement. Il avait fallu faire disparaître l'enfant. Disparaître des yeux de l'Alliance ; Rignar s'était occupé de la placer dans un ordre Asari qui recueillaient des orphelins. Lui seul savait où la retrouver, et s'était arrangé de telle sorte qu'au cas où il ne donnerait plus de nouvelles régulièrement comme prévu, les Asari sauraient quoi faire pour retrouver les parents légitimes. Et de la manière convenue, discrète. En attendant la petite recevra un nom et une bonne éducation, loin des tourments de la galaxie.
21:36
Madame Kestoff traversa les différentes coursives et se dirigea directement dans les appartements privés de son « mari ». Les gardes en poste au sas ne surent comment réagir en la voyant arriver subitement. Ils n'osèrent pas s'interposer.
Elle pénétra dans le sas, inspecta le salon et la chambre, puis fila droit au bureau.
La porte à battement, à l'ancienne nota-t-elle rapidement, s'ouvrit d'un grand coup et se dégonda en s'écrasant contre le mur.
- K... Kathlyn ?!
Le Directeur Général était hébété, la bouche grande ouverte.
Kath fit un état visuel des lieux, depuis l'encadrement de la porte.
- Qu'elle sorte de sous ton bureau, s'écria-t-elle.
- Q... Qui ?
- Mademoiselle Lucinda ou Monica, que sais-je... ton assistante du moment.
Un bruit de cognement s'entendit sous le bureau, puis une tête rousse sorti. Une jeune femme en tailleur, col ouvert pas très règlementaire se releva et s'enfuit la tête basse en pleurant. Kath s'était avancée mitraillant du regard Alexander, dont la mâchoire semblait s'être déboitée tellement il n'en croyait pas ses yeux. Il se leva néanmoins de sa chaise, révélant ses cuisses et ses genoux nus, et poilus, le pantalon baissé jusqu'aux chevilles.
Kath se pencha et ramassa le bout de planche qui servait quelques minutes auparavant encore de porte, et la replaça maladroitement dans ses gonds.
- J'ai des choses à te dire, annonça-t-elle de dos, d'une voix très calme, posée.
Elle refermait ce qu'il restait de porte.
Elle pivota et refaisait maintenant face à lui.
Il se senti soudain, en croisant le regard de celle qui se tenait devant lui, comme un bâtiment de guerre frappé de plein fouet par des volées infinies de torpilles, sans plus aucune protection cinétique, ni interne, ni externe.
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Citadelle, l'Antre de Choras, deux jours plus tard.
- L'essentiel est là, faites le parvenir à tout ce qui peut communiquer sur le réseau galactique.
- Vous êtes sûr que c'est une grosse affaire ? Le reporter humain regardait avec quelques doutes le disque de stockage que l'homme et la femme attablés devant lui lui tendaient.
- Une très grosse affaire, sourit la femme, charmante. Les détails complets d'une affaire complexe.
Rignar et Katlhyn quittèrent le nightclub et rejoignirent les baies d'amarrage. Ils avaient trouvé un rafiot, un croiseur parmi les premiers modèles qui n'avaient même pas de boucliers cinétiques dans les standards actuels. L'équipage n'était lui aussi pas au complet.
- Attends !
Kath revint quelques pas en arrière et se rapprocha du terminal d'informations galactiques. La présentatrice, virtuelle, humaine apparu et dialogua en langage humain. Le reportage qui passait s'adapta à la présence de Kathlyn, les commentaires devinrent compréhensibles. On y voyait une cours de jugement militaire, sur l'affaire « Trika » pouvait-on lire. Son cœur battait fort quand le portrait du Capitaine Darkwave, en tenue d'apparat, apparu. Le commentaire signalait, après que différentes preuves soient parvenues à l'Alliance, que « les charges retenues contre l'officier H. Darkwave sont annulées, les preuves nouvelles le rendent innocent, et démontrent l'implication de différents personnages connus dans le milieu du crime organisé qui se sont chargés d'armer et de guider les émeutes des miniers. »
Aucune information sur l'implication des capitaines de l'Alliance, Z'eng et surtout Kestoff.
Mais Kath et Rignar savaient tout deux que c'était la mort qui attendaient les officiers reconnus de haute trahison. La mort par déballastage. Le condamné est placé dans un double sas que l'on referme hermétiquement puis la porte extérieure, donnant sur l'espace, s'ouvre brutalement, aspirant tout ce qui se trouve dans le sas. La mort par le vide, et le néant.
Elle en avait assez vu. Ils accédèrent dans leur nouveau vaisseau, qui ne disposait d'aucun nom. Seulement d'un numéro d'identification. AT/AR Intergalactique 486.
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En approche du secteur Erebus, Styx Thêta.
Le changement d'année s'était passé durant le trajet.
Personne n'avait pensé à le fêter. Kathlyn occupait tout son temps dans la salle de navigation à recalculer chaque jour le temps du trajet. Il n'y en avait plus pour longtemps. Retrouverait-elle trace de son amant ? Elle n'était plus mariée désormais. Elle avait obtenu sans trop de mal, et cela a été confirmé par ses assistantes du BCOS, les papiers de son divorce, signés pour le principe par le Grand Amiral en personne. Alexander Kestoff flottait quelque part dans l'espace désormais.
L'équipage du AT/AR 486, un croiseur de classe Intergalactique, du temps de son époque, était limité au strict minimum. Et encore, il n'y avait aucun timonier de formation. Tout juste un intendant, un mécano et deux trois marins. Mais le rafiot avait son charme. Ça lui rappelait le bon vieux temps où tous les trois, ils partaient à la recherche de vieilleries à racheter et revendre au marché noir. Elle avait pris goût au style « retro », terme largement utilisé avait-elle appris, pour cette tendance.
Le vaisseau arrivé en orbite autour de la lune de Jehan effectua une batterie de scans orbitaux et terrestres. Il y avait bien trace de vie à la surface. Rignar et Kath se dirigèrent vers la soute, qui comprenait malgré l'espace réduit une navette. C'était précisément pour cette raison qu'ils avaient choisi ce vaisseau, il avait couté la plus grosse partie de ce qu'il leur restait comme économies. Et acheter un vaisseau n'était pas anodin. Mais un vaisseau, même vieux, armé, et doté d'une navette était un vrai trésor.
Ils n'eurent aucun mal à situer l'astroport de la colonie depuis leur approche aérienne. La lune était bien plus chaotique encore qu'elle l'avait imaginé quand Rignar lui avait fait son cours « d'étymologie historique. » Toute la colonie, ses infrastructures et les environs n'étaient que ruines et flammes, et étrangement des cadavres jonchaient le sol, en plein milieu des allées. La colonie, à vue d'œil, devait pouvoir à l'époque recevoir une trentaine de personnes, comprenant personnel scientifique, militaires, techniciens et « sujets d'étude. » La navette atterrit dans l'astroport délabré. Ils sortirent, arme au poing, inspectèrent les lieux. L'odeur de brûlé, de chair, piquait encore le nez. L'atmosphère était lourde, mais respirable.
Kath entra la première dans la pièce de contrôle de l'astroport. Du sang collait encore aux chaussures, les trainées allaient vers l'extérieur. En sortant du bureau de contrôle, sur un bout de mur, elle vit une inscription, dans sa langue. Les mots étaient inscrits dans la matière, comme martelés au burin, ou à l'aide d'une tige dure.
« CerBe US Bi nvenUe e n EnF R »
Certaines lettres étaient trop illisibles.
Un crépitement, à l'extérieur, attira leur attention. On brulait quelque chose. Qui pouvait faire un feu de bois dans un tel environnement ?
Ils eurent un choc, au détour d'une allée.
Ce qu'ils avaient pris pour des colonnes de feu n'étaient autre que des brasiers de corps humains.
Un homme de taille imposante, de dos, en haillons noirs trempés de sang, séparait à mains nues le bras d'un tronc, avant de jeter les deux morceau dans le brasier. Le corps d'une fillette, entière elle, était à ses pieds. Il y avait des brasiers tout autour d'eux, certains déjà presque éteints, d'autres avec un feu vif.
L'homme, toujours de dos, s'abaissa et ramassa d'une manière étrangement délicate le corps frêle d'une fillette d'une quinzaine d'années. Il ne jeta pas le corps, mais le déposa avec attention directement dans le feu sur les autres corps. Les bras de l'homme étaient noirs, noirs de sang cramé, noirs de peau brulée, mais ils ne prenaient pas feu.
C'est alors que l'homme se retourna. Il fut mis en joue par Rignar et Kath.
Elle fut d'abord frappée par les cheveux si blancs de cet homme pourtant si...beau. Ce corps si puissant, si imposant. Puis ces yeux bleus sur un visage vide de toute expression. Tout son corps était noir. Ces yeux... si perçants. Ils la fixaient, non pas elle, mais son cœur, son âme. Et soudain elle se rappela quelques années auparavant, elle allongée dans son lit auprès de son amant, qui passaient ensemble des nuits d'amour, mais aussi des nuits entières à se regarder dans le blanc des yeux.
Alors, seulement maintenant, elle reconnu celui qui se tenait droit devant elle, implacable, noir de peau, tâché de sang collé et de suie sur tout son corps jusqu'aux cheveux.
Les brasiers brûlaient l'œuvre de cet homme.
Elle ne doutait plus.
Elle reconnu son amant.
Elle l'avait enfin retrouvé.
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