| Chapitre V « Galons » |

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Cantina « Soldera Blanc »
Les Relais avaient littéralement ouvert la Galaxie au genre humain.
Peut-être aussi aux plus grandes folies qui sait ?
Que ferait l'Homme de toute la Galaxie ?
Saura-t-il en profiter ?
Toutes ces questions existentielles, métaphysiques étaient très loin des préoccupations du jeune Officier Darkwave. Certains disaient de lui qu'il avait aujourd'hui l'âge du « Messie », personne ne savait plus trop à qui cette référence faisait allusion... les vieilles traditions persistaient. À quoi bon, tout fini par changer.
Ce qui préoccupait l'officier pouvait se résumer à deux mots... Kathlyn et échappatoire.
Son histoire avec la femme d'un Officier était allée bien trop loin, il s'en rendait compte. Non pas que rendre un officier comme Kestoff cocu dérangeait sa moralité et son amour propre, mais il aimerait bien ne plus avoir à se cacher pour la voir.
Un ami viendrait peut-être avec une solution.
- La tuer ? Ça ne va pas non ? On est dans l'Alliance, pas dans le milieu mafieux gars.
- Je ne faisais qu'émettre une idée soufflée par des spécialistes de la « magie ».
- Tes magiciens sont du genre à faire disparaître un lapin sous un chapeau tout comme un femme ?
- On peut dire ça. En tout cas ils m'assurent que ça a déjà été fait.
Rignar, qui fricotait beaucoup plus profondément dans le milieu que Kath et Darky, depuis que ces deux-là s'étaient officieusement mis en couple, lui qui pouvait paisiblement profiter des dames rencontrées sans se soucier de quoique ce soit, il s'était chargé de trouver une issue pour ses deux amis.
- Tu aurais pu viser plus simple comme cible à décrocher.
- Tu sais très bien ce qu'il en est on en a déjà discuté. C'est comme ça. Ça m'est tombé dessus.
Son ami se retint de faire une remarque, il n'avait aucun mal à imaginer la scène, connaissant les deux principaux protagonistes et leur caractère respectif. Kath devait avoir pris l'affaire en main le premier jour. Mais quand même, Kathlyn, leur Kathlyn. Presque une décennie qu'elle s'envoyait le même officier, il ne doutait pas de la réalité de leur attirance, et le mari qui ne voit rien. Bien sûr il se gardait de faire ouvertement ce genre de réflexion. Il sentait tout aussi bien le malaise qui s'était instauré, ils en souffraient tous les trois en quelque sorte. Obligés de se voir le plus souvent possible sans risquer une asphyxie du cœur par manque d'amour ; mais impossible de se séparer, ni de vivre ensemble à la lueur du jour aux yeux de tous.
Il aiderait son ami, malgré le manque évident de solutions simples à lui proposer.
- Comment elle prend la situation ?
- De pire en pire. Elle pourrait tout lui avouer, engager une procédure de divorce. Mais ça n'est pas aussi simple, des intérêts très concrets sont en jeux et des répercussions terribles sont à craindre. Il est parvenu à la tête d'une vraie petite armée personnelle en prenant la direction générale des ATD. Il peut frapper n'importe où sur n'importe quelle colonie en relation de près ou de loin avec l'Alliance, et peut-être plus encore. Où vivrions nous ? Parce qu'il est évident qu'il serait alors impossible pour nous de rester dans l'armée.
La serveuse débarrassa les verres et apporta une nouvelle tournée de gin Roana. Boisson appréciée par beaucoup.
- Quand rentre-t-elle de son opération en cours ?
- Demain soir.
- Vous vous verrez ?
- Bien sûr, sourit Darky.
- Faites gaffe, le bruit court que l'Invictus fera une pause chez nous, le patron reprend possession des lieux pour les affectations. Tous les officiers sont appelés, dont toi et Kath.
- Ainsi que toi. On fait toujours gaffe.
Rignar sentait que le moral n'allait vraiment pas. Leurs discussions devenaient de plus en plus creuses, étaient presque toujours fermées, ou alors elles tournaient en rond.
Il avait vraiment pitié de ses deux amis désormais.
36 heures plus tard, au milieu de la nuit.
Appartement H39.C
- Tous les officiers sont appelés demain à 11:00 pour la grand-messe avec « Grand Patron Mon Mari ».
Darkwave acquiesçait sans ouvrir les lèvres. Il se contentait de fixer la trame des bas de son amante ; il avait négocié avec pas moins de 5 revendeurs pour récupérer ces vêtements archaïques à bas prix. On appelait ça des « jarretelles ». tout le monde avait oublié à quoi pouvait servir ces attaches sur les côtés, une sur chaque bas. Que pouvait-on y accrocher ? En tout cas, ce n'était qu'un mystère parmi d'autre concernant les dessous féminins, encore plus avec l'arrivée de produits xeno dans le domaine de la confection de vêtements, les femmes devaient apprendre de nouvelles manières de s'habiller, et aux hommes d'apprendre comment déshabiller des femmes qui ne cessaient de modifier la nature de leur garde-robe.
- Tu m'écoutes oui ou non ? Dit-elle d'une voix autoritaire.
La tête au niveau des cuisses d'une Kathlyn allongée sur le ventre, il leva les yeux pour croiser, entre autres monts-jumeaux de haut intérêt, un regard plus apeuré et soucieux que vindicatif. Il se releva sur ses poings et remonta en se glissant par dessus elle, lui frôlant le dos nu de son ventre et de son torse, il l'enveloppa, passa ses bras sous son ventre et posa sa joue contre la sienne. Il se retint de penser à ce fessier ferme qui s'était logé juste sous son bas-ventre. Le moment des ébats s'étaient terminé quelques minutes auparavant, ils ont eu toute la soirée, et la nuit, pour ça.
Mais il ne devait pas avoir peur des évènements à venir. Malgré tout il la serra autant qu'elle se blotti sous lui.
- Riggi cherche des solutions, mais elles ne me plaisent pas trop. Il fit rire nerveusement Kathlyn
-J'ose même pas imaginer à quels plans tordus il peut avoir pensé.
- Te tuer, te faire enlever, même te faire rançonner, sait-on jamais, si ton mari paye mais que tes « kidnappeurs » te tuent après... on pourrait faire coup double. Enfin bon.
Ils soupirèrent à l'unisson. Il aimaient se positionner ainsi. Et pas seulement.
Ils aimaient tous deux les mêmes choses en fait. C'est ce qui rendait leur relation encore plus démoralisante.
« Que faire ? »
6 heures du matin, ils s'étaient endormis tel quel. Aucun n'a changé de position. Lui se réveilla le nez dans la chevelure noire de son amante, elle avec un poids sur le dos. La même femme qui deux jours auparavant dans son transporteur rêvait naïvement d'un lit souple et d'un repos réparateur. Elle avait presque plus de courbatures au dos qu'après 27 jours sur le terrain à défricher des lianes sans fin et à patauger dans la boue.
Mais changerait-elle vraiment sa situation contre toute une galaxie en échange ?
Elle n'eut cependant aucun scrupule à faire le dos rond pour éjecter le parasite qui a eu toute la nuit pour s'accrocher à son dos, et qui en a profité à son insu comme elle pouvait le constater. Elle osa même pas s'imaginer ce qu'il avait pu faire pendant qu'elle dormait. L'heure était à la préparation d'une réunion stressante. Elle se verra coincée entre son mari illégitime désiré, son époux légitime indésirable, et toute une bande d'officiers qui se doutaient depuis longtemps de la situation. Heureusement elle inspirait toujours suffisamment de crainte pour dissuader quiconque qui aurait le courage d'annoncer à l'Officier de l'Invictus jusqu'à quel point il était couillonné. Sous son nez, à en faire déborder un puits sans fond.
Elle n'avait nullement peur d'affronter son mari, elle lui aurait tout avoué depuis longtemps. Mais elle ne voulait pas des répercussions que subirait son amant, il ne faisait pas le poids... pas en courage, en virilité, en valeur. Mais en fourberie. Il était sommes toute trop honnête pour faire face à son mari.
Elle appréhendait le fourbe qu'il était. Elle n'a jamais cru à sa naïveté, son ignorance des faits, il devait déjà tout connaître de sa femme adultérine. Peut-être savait-il déjà où elle se trouvait et qu'il ne réagissait pas, jusqu'au jour où... Elle tenta d'écarter ces pensées et de laisser s'approcher celui qui venait de la rejoindre sous la douche. Elle se laissa aller encore une fois. Ils coulaient leurs craintes dans ces unions.
Et ils étaient vraiment de plus en plus craintifs.
Salle de réunion, aile ouest.
10h58
« Rompez, soldats.»
Les officiers présents dans la salle se mirent au repos et prirent tous position derrière leur pupitre respectif.
La sale de réunion était un petit amphithéâtre, à l'ancienne, répercutant la voix de l'orateur. Avec néanmoins un système audio complet. Chaque pupitre était doté d'une console informatique, la salle était aussi utilisée pour des élections démocratiques. Ce ne serait pas le cas des affectations à venir, qui ne dépendraient, dans la pratique, que du seul choix du Directeur Général lequel se tenait derrière le pupitre central.
Il commençait son discours, très droit dans son uniforme, à l'attention des quelques 128 officiers présents dans la salle..
« Messieurs, vous connaissez chacun l'objectif de ce briefing. Certains d'entre vous recevront des affectations spéciales... »
L'officier Darkwave pouvait voir pleinement l'officier Lene à quelques rangées sur sa droite, dont pas un seul muscle de son corps, qu'il connaissait bien pourtant, ne trahissait le moindre signe de stress. Il pouvait la sentir bouillonnante, il connaissait très bien ses explosions de désir, mais il en allait de même pour la plupart de ses sentiments. Pas un seul ne devait s'en douter, et elle faisait tout pour lustrer sa réputation, mais une vraie bouilloire sous pression gisait en elle, faisant exploser ses émotions sans un contrôle parfait d'elle-même.
Il se retenait de la regarder, et pourtant...
il avait remarqué aussi Rignar à sa gauche, un peu à l'opposée de la position de Kath. Lui non plus ne faisait pas attention au moindre mot du discours. Ils attendaient tous les trois de pouvoir quitter cette pièce.
L'appel par son nom de Rignar les fit tous les trois revenir à la réalité.
« ...ghlight est affecté au CUE-354, rattaché à la Division 4 et aura à charge la sécurité de secteurs avancés. Félicitations Capitaine ! »
Il y eut quelques tentatives d'applaudissements, - les plus jeunes officiers, - mais le Directeur ne s'arrêta pas là et poursuivi l'énumération des affectations.
Soudain un nouveau nom retint l'attention du trio.
« ...on Darkwave est promu Commandant de la 3ème Division ATD. Félicitations ! »
Encore plus surprenant, il enchaîna de suite avec le nom de Kath. Elle aussi semblait avoir senti quelque chose. Il y avait quoi, une chance sur 128 pour que le nom des deux amants se suivent ?
« Officier Lene, vous êtes nommée Commandant en Chef des Opérations Spéciales pour les Divisions Une et Deux. Officier Z'eng, Division 3. Officier Meobryn, vous officierez sur le... »
Il se passa du « Félicitations ! » d'usage. Quelques murmures très sourds se firent entendre autour de Darkwave, il semblait presque évident pour certains que la propre femme du Directeur tiendrait un poste à haute responsabilité. Pas moins de la gestion commune de l'ensemble des commandos, et des opérations de terrain, de deux divisions entières ! Certains avaient surement gagné leur pari.
À la fin du briefing, certains avaient eu droit à une poignée de main avec le « Président », affectueux surnom donné par certains officiers. Chacun des trois amis a eu droit à cette gratification presque divine, - une poignée de main avec le Directeur générale des divisions ATD.
Même jour.
22:16
- Il sait quelque chose, plus de doute possible !
Kath était intenable, elle arrachait presque ses vêtements ce qui n'aurait pas été déplaisant en d'autres situations.
- Calme-toi ma chérie, tu ne peux pas être sûre... ils nous a tous gradés, et même pas qu'un peu, il...
- Ne soit pas naïf, s'écria-t-elle, devenant de plus en plus hystérique. Tu ne comprends pas. Il ne fait jamais rien au hasard, il n'est pas à son poste pour rien. Il est …. impitoyable...
- Quand bien même... il saurait quelque chose. Admettons. Hormis nous avoir affectés tous les deux dans une division différente, en quoi nous punirait-il vraiment ? Combien de chances avions-nous de nous retrouver dans une même division, un même bâtiment, tous les deux ? Encore plus si l'on compte Riggi...tu es déçue, je peux le comprendre.
- Tu ne comprends rien ! Sur quoi elle gifla son amant, criant, les larmes presque éjectées de ses yeux par sa fureur.
Il n'avait pas vu venir le coup, mais aurait-il essayé d'esquiver ?
Il rendit les armes. Il y avait, il admettait, trop de coïncidences, il devait se passer quelque chose.
Il l'admit à Kath, laquelle se mit en rage et le frappa au torse, presque désespérément. Elle venait de perdre le dernier point d'appui sur lequel elle avait l'habitude de se reporter pour ne pas perdre entièrement espoir dans les moments les plus difficiles. Sur quoi d'autre s'appuierait-elle maintenant que son officier-amant lui aussi venait d'admettre leur défaite.
Défaite il y avait, il était maintenant admis que le mari cocufié était au courant de tout, ou de suffisamment de choses.
Il n'y eut aucune union salvatrice habituelle cette nuit-là.
Pas plus qu'un réel sommeil.
Tous deux se regardaient dans le blanc des yeux, allongés sur leur couche, et cherchaient mutuellement jusqu'au plus profond de leurs sentiments, dernière source éventuelle pour garder courage.
Il n'y eu aucun message de Rignar, lui aussi devait avoir senti quelque chose, et lui aussi devait tenter de reprendre espoir, à sa manière.
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